Soirée de ramadan avec les musulmans

20h15, samedi demier. Le soleil s’éclipse derriére les hautes tours d’Hérouville Saint-Clair. La nuit engloutit la ville. Des voitures affluent au pied des immeubles. Les pas se pressent. Numéro 715-716 du boulevard de la Grande Delle, quartier éponyme. Des femmes voilées, les bras chargés de nourriture, empruntent l’étroit escalier du local commercial désaffecté qui tient lieu de mosquée. Au rez-de-chaussée, les hommes s’y déchaussent. Le chahut des entants, à peine commencé, prend fin. C’est l’heure de la priére.
Le lieu de culte, aménagé au départ dans une cave, et « improvisé depuis de trop nombreuses années », soupire Hassan Safoui, président de l’association islamique et cullurelle du Calvados (AICC), se remplit en silence. Discrètement, des dons sont glissés dans la main du président, pour la future mosquée. La communauté musulmane de l’agglomération caennaise l’attend depuis plus de 15 ans (lire ci-dessous). Les fidèles se serrent.
20h25, les récitations des chapitres du Coran résonnent sur le parking sombre. Une centaine de musulmans sont agenouillés. D’autres grossiront encore l’assemblée, plus tard, pour la seconde prière de la soirée, traditionnellement plus longue.

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Le lieu de culte des musulmans, aménagé au départ dans une cave, se situe aujourd’hui dans un local commercial désaffecté, en attendant la mosquée.

Des dattes et la « chorba »

20h50, à l’étage, deux longues rangées de nappes en papier ont été alignées par les étudiants. sur des tapis. Au plafond une bâche cache la toiture délabrée. Les hommes s’assoient, à même le sol. Les femmes, dans une autre pièce, prennent place autour de tables dressées pour l’occasion. Au menu pour tous : des dattes, puis « la chorba », une soupe riche et nourrissante. Des morceaux de pain et du café circulent. Les fidèles rompent le jeûne. Ils n’ont pas mangé depuis l’heure où le jour l’a emporté sur la nuit. Depuis le Jeudi 13 septembre, premier jour du mois du ramadan, les musulmans « changent de rythme », résume Angélique Marty, secrétaire générale de l’AICC. Normande d’origine, domiciliée à Troarn, elle s’est convertie à l’islam, sur le tard, après avoir embrassé la religion catholique. Elle transmet aujourd’hui la parole d’Allah, sans trop de difficultés apparentes.

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Depuis le jeudi 13 septembre, premier jour du mois du ramadan, les musulmans « changent de rythme », résume Angélique Marty, secrétaire générale de « AICC.

Sa sœur, à ses côtés, a suivi la même voie. Samedi dernier, l’un de ses fils, d’une dizaine d’années, bien que dispensé – le ramadan s’adressant aux musulmans ayant atteint l’âge de la puberté – a lui aussi insisté pour se plier aux règles strictes.

« Le ramadan est l’un des cinq piliers de la religion musulmane. avec la profession de foi, la prière, l’aumone et le pèlerinage à La Mecque. Afin de sanctifier ce mois, les musulmas doivent s,’abstenir de manger, de boire, de fumer et d’avoir des relations sexuelle du lever au coucher du soleil », rappelle la mère de famille, erceinte d’un huitiême enfant. Un temps privilégié pour manifester une part de son identité cullurelle.

« On coupe la télévision »

« Chez nous, on coupe la télévision et on parle de Dieu », raconte une Hérouvillaise, foulard noir encadrant son visage. « C’est l’occasion pour les musulmans de se faire pardonner les péchés qu’isi ont commis, C’est un peu comme le carême, chez les catholiques », estime Hervé, 21 ans, élève en école d’ingénieurs, à Caen. Un ancien chrétien pratiquant, originaire du Burundi, lui aussi converti, il y a un an et demi.

« Ce mois est aussi l’occasion de savoir ce que c’est que d’avoir faim et soif », note Rachid. 24 ans, Marocain qui étudie les mathématiques et l’informatique, à la fac.

21h15. Des Maghrébins, mais aussi des Tchadiens et des Mauritaniens prennent part au diner. Beaucoup de jeunes. Des fidèles qui « cassent leurs habitudes et laissent moins de prise à la matière », commente Hassan Safoui.

« Dans cette sociêté, malheureusement, on n’arrête pas de courir vers la matière. Ce mois est l’occasion de redonner un équilibre à la conscience humaine », poursuit-il. Des musulmans, mais pas seulement. Le lieu de culte fait aussi office de banque alimentaire, durant ce mois de ramadan.
Un mois de solidarité, de générosité et d’entraide propice aux dons. L’AICC les espére nombreux. L’an passé, 160.000 euros avaient été collectés lors de ces veillées pour faire avancer le chantier de la future mosquée.

Briac TRÉBERT
Liberté
Jeudi 20 septembre 2007

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