Commentaires du Coran, L’Adhérence (al-‘alaq), 5 premiers versets

Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux

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1. Lis, au Nom de ton Seigneur qui a créé,

2. Qui a créé l’homme d’une adhérence.

3. Lis, et ton Seigneur est le Plus Noble,

4. Qui a enseigné par la plume,

5. A enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas !

Commentaires : Sens des expressions et explications

a) Lis : iqra’ , de qara’a : lire, réciter. Ces cinq versets marquent le début de la Révélation. ‘Aïsha a dit : « La Révélation débuta chez le Messager de Dieu ( SWS) par des visions véridiques qu’il avait pendant son sommeil. Pas une seule de ces visions ne lui apparut, sinon en se réalisant comme la clarté de l’aurore. Puis il se mit à aimer la retraite. Il se retirait dans la grotte de Hirâ’, où il se livra au tahannuth – c’est-à-dire la pratique d’actes d’adoration durant plusieurs nuits –avant de revenir vers les siens. Il prenait des provisions à cette fin. Puis il revenait vers Khadîja, et prenait les provisions nécessaires pour une nouvelle retraite. Cela dura jusqu’à ce que la vérité lui vint alors qu’il était dans la grotte de Hirâ’.

L’Ange vint à lui et lui dit : “Lis !” Il répondit : “Je ne suis pas un lecteur.” “L’Ange me saisit aussitôt, dit le Prophète (SWS ). Il me pressa au point de me faire perdre toute force, puis il me libéra de son étreinte et dit : “Lis !” Je répondis : “Je ne suis pas un lecteur.” Il se saisit de moi aussitôt, me pressa une seconde fois au point de me faire perdre toute force, puis il me libéra de son étreinte et dit : (Lis au Nom de ton Seigneur qui a créé. Qui a créé l’homme d’une adhérence. Lis, et ton Seigneur est le plus Noble. Qui a enseigné par la plume, a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.)
Le Messager de Dieu ( SWS) revint avec ces versets, le coeur tremblant. Il entra chez Khadîja et dit : (Enveloppez-moi ! Enveloppez-moi !) Ils le tinrent enveloppé jusqu’à ce que son effroi se fût dissipé. Il dit alors à Khadîja en lui apportant la nouvelle : “J’ai eu vraiment peur pour moi-même !” Khadîja lui dit : “Non pas ! Par Dieu, jamais Dieu ne t’avilira : tu préserves tes liens de parenté, tu dis la vérité, tu soutiens les faibles, tu donnes à ceux qui n’ont rien, tu héberges les hôtes et tu secours les victimes touchées par le malheur.” Ensuite, Khadîja l’emmena vers Waraqa Ibn Nawfal (le cousin paternel de Khadîja), et elle lui dit : “Ô fils de mon oncle, écoute ce que va te dire le fils de ton frère.” Waraqa lui demanda : “Ô fils de mon frère, qu’as-tu vu ?” Le Messager de Dieu ( SWS) l’informa de ce qu’il avait vu. Waraqa dit alors : “Cela, c’est le Nâmûs (l’Ange Gabriel) qui est descendu sur Moïse. Plût à Dieu que je fusse jeune en ce moment ! Ah ! Que je voudrais être encore vivant quand ton peuple te bannira !” Le Messager de Dieu ( SWS) dit alors : “Ils m’expulseront donc vraiment ?” Il répondit : “Oui. Jamais homme n’a apporté ce que tu as apporté sans se heurter à la plus vive hostilité. Si je vis encore ce jour-là, je te porterai secours de toutes mes forces.” Après cela, Waraqa ne tarda pas à mourir, et la Révélation fut interrompue. » (Al-Bukhârî, Muslim)

b) Au Nom de ton Seigneur qui a créé : l’ensemble des éléments de la création.

c) Qui a créé l’homme d’une adhérence. Le mot ‘alaq est le pluriel de ‘alaqa, expression que l’on retrouve dans d’autres passages du Coran et qui désigne le deuxième stade de la formation de l’embryon : « Nous avons certes créé l’homme d’un extrait d’argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Puis Nous avons créé de la goutte de sperme une adhérence, et de l’adhérence, Nous avons créé un morceau de chair (text. : une machûre). » (Coran, 23, 12-14) Ce mot ‘alaq peut aussi être traduit par « grumeau de sang », ou encore par « sangsue ». On sait aujourd’hui que l’embryon accroché à la paroi de l’utérus présente au début de son développement le même aspect qu’une sangsue. ‘Allaqa veut dire « accrocher, suspendre ».

d) Lis, et ton Seigneur est le Plus Noble. Alakram : le Plus Noble, le Plus Généreux.

e) Qui a enseigné par la plume. Al-qalam : la plume, le calame.

Quelques enseignements :

- Ces paroles sont les premières qui aient été révélées au Prophète Muhammad (SWS ). Il lui est ordonné de lire au « Nom de Dieu ». Toutes les sourates du Coran, à l’exception de la neuvième, commence ainsi par l’expression : « Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux. » Ce qui signifie que Muhammad n’est pas l’auteur de cette parole qui lui vient de Dieu et qu’il ne fait que transmettre.
Ce point peut être mis en rapport avec l’annonce qui est faite de la venue du Prophète ( SWS) dans les Révélations précédentes. Il en est resté des traces dans la Bible, où il est rapporté que Dieu dit à Moïse : « Je leur susciterai, du milieu de leurs frères, un Prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Et si quelqu’un n’écoute pas mes paroles, qu’il dira en mon Nom, c’est moi qui lui en demanderai compte. » (Deutéronome, 18, 18- 20) La Bible rapporte également que Jésus avait annoncé la prophétie de celui qui viendrait compléter le message qu’il ne pouvait entièrement livrer en son temps : « Il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. » (Jean, 16, 12-13, voir aussi Jean, 16, 7-8)

- « Lis ! » Cet impératif indique que le premier ordre de la Révélation coranique nous renvoie à la lecture, chose que le Prophète lui-même ( SWS) ne connaissait pas, étant illettré.
L’Islam encourage ainsi l’homme à parfaire ses connaissances, en se servant des instruments que Dieu a mis à sa disposition : la lecture et l’écriture. Deux pratiques extrêmement rares dans l’Arabie du VIIe siècle. Le Coran fut ainsi à l’origine des progrès considérables que le monde musulman a connus au Moyen Âge, dans le domaine des sciences les plus diversifiées.

- « Lis, au Nom de ton Seigneur… » Le savoir peut cependant représenter un danger considérable pour l’homme, s’il n’est pas maîtrisé par une sagesse supérieure.
Les moyens que les sciences mettent à disposition de l’homme peuvent se révéler particulièrement destructeurs, s’ils servent la cupidité et une volonté de puissance démesurée. Le progrès peut n’être qu’un multiplicateur de la barbarie humaine : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Et c’est pourquoi le Coran affirme : « Lis ! », oui, mais fais-le « au Nom de ton Seigneur », c’est-à-dire en respectant les normes que te dicte la Révélation, et en conservant à l’esprit que la science ne peut être bénéfique sans la sagesse. Ainsi, la Révélation permet-elle de préserver le lien indispensable qu’il faut maintenir entre le ciel et la terre, entre la Révélation et les savoirs.

- On observe que dans ces versets, le thème de l’homme est central, et qu’il revient deux fois. Dieu n’a nul besoin de l’adoration des humains : la Révélation est essentiellement axée sur l’homme, et elle vise le bien de chacun d’entre nous. Seuls des esprits mal éclairés peuvent considérer qu’il existe nécessairement un conflit « d’intérêts » entre la transcendance et l’humanisme. La noblesse et la générosité du Créateur sont sans limite.

Source : Bulletin du Centre Islamique de Genève – N° 39, mai 2008.

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